Russell T. Gordon, guide de mes premiers pas au crayon graphite.

Russell T. Gordon, un prof extraordinaire.

Au fil des ans, comme tout le monde j’ai eu la chance de croiser sur ma route, des gens qui ont eu un impact sur ma vie. Côté artistique, quelques un se sont démarqué particulièrement. Au Cégep, c’était Denis Poirier. Denis était le genre de gars qui n’avait pas peur d’utiliser des phrases comme « Je crois en ton potentiel ». À 18 ans, alors que tu n’es vraiment pas certaine de ton talent, ça marque.

À l’université, celui qui a eu un impact sur moi, c’était Russell T. Gordon. Originaire de la Californie, ce colosse de 6’6’’ et aux mains gigantesques, utilisait des expressions comme « you dig? » ou « you, turkey ».

Russell T. Gordon (1936 – 2013), mon gentil géant.

Son « you dig? » je l’ai entendu…souvent. Faut croire qu’il voulait autant que moi. Une fois, je m’extasiais à propos du travail d’une autre étudiante dont le dessin était exposé dans la galerie du rez-de-chaussée. Il est passé discrètement derrière moi et m’a dit « t’es meilleure qu’elle ».

Ce n’était pas le genre à me ménager. Bizarrement, ça fonctionnait très bien avec moi. Je me rappelle un cours où nous avions un modèle vivant comme sujet. Chaque fois qu’il passait derrière moi, il arrachait ma feuille de papier journal, la jetait par terre et disait « recommence ». Bientôt, le cours pris fin et il s’est planté à côté de moi arrachant les feuilles à chaque tentative en me disant « recommence ». À un certain moment, les feuilles commençaient à se faire rare sur mon pad et j’ai entendu un « bon, tu as compris », et il a quitté la classe. Certains ont trouvé ça exagéré et j’en ai été surprise. Moi, je voyais-là un prof qui avait à cœur de me permettre de m’améliorer.

C’est Russell qui m’a initié au dessin au graphite. Dès qu’il nous a exposé en quoi consistait la technique, j’ai été séduite. J’ai découvert qu’on pouvait tomber en amour avec un médium. Ce fut un véritable coup de foudre, et la passion m’habite toujours, 40 ans plus tard.

Russell était exigeant mais juste, nous engueulait pour nous dire de prendre soin de nous et de dormir, accordait des délais additionnels pour éviter que l’œuvre en cours ne souffre d’un délai trop court (ça m’arrivait souvent!) ou ne soit terminée.  C’est aussi lui qui m’a dit un jour que j’aimais le papier et que je faisais l’amour avec lui. Je n’ai jamais compris d’où lui venait cette idée!

J’ai appris récemment que Russell est décédé du cancer en 2013. Ça m’a attristé plus que je l’aurais cru. J’espère qu’il a été reconnu pour son apport aux étudiants qui comme moi ont bénéficier de sa générosité. RIP cher Russell.

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